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Art, historique

L'imagerie visuelle est une partie fondamentale de la vie aborigène, une connexion entre le passé et le présent, le surnaturel et le terrestre, les gens et la terre. De tout temps les Aborigènes se sont exprimés artistiquement, à travers les peintures rupestres, corporelles et sur le sol, dans le sable.

La peinture avait initialement un but religieux. En 1957 elle est devenue un moyen d'affirmer les droits historiques des communautés sur leurs territoires (cf. Albert Namatjira). Aujourd'hui c'est un mode d'expression artistique en tant que tel, ainsi qu'un outil de revendication (cf. la peinture au tribunal).

Le Jukurrpa* que l'on peint, peut être relatif à une personne, un animal, une région, un groupe de gens, des forces naturelles telles que les inondations ou le vent. Selon la tradition, il est seulement permis de dessiner les images du Jukurrpa acquis à la naissance, par sa lignée familiale ou reçu durant les cérémonies. Une entité peut donner un Jukurrpa lors d'un rêve. Si cela est accepté par la communauté, la personne peut alors exprimer un Jukurrpa de plus.

Même si l'expression artistique a toujours fait partie intégrante de la vie et de la culture indigènes, elle fut totalement ignorée ou simplement considérée comme curiosité anthropologique par les non-indigènes. Ce, jusqu'à un passé très récent. En 1971 un événement se produisit qui changea le regard sur l'art aborigène. A Papunya, à 240 km au nord ouest d'Alice Springs (Central Desert, Territoire du Nord), un groupe d'aînés de la communauté, emmené par Kaapa Mbitjana Tjampitjinpa, Long Jack Tjakamarra et Billy Stockman Tjapaltjarri (tous devenus des grands noms de la peinture aborigène) furent encouragés à peindre un des murs externes de l'école. A l'époque, ils étaient employés comme jardiniers de l'établissement. Ce projet suscita un grand enthousisme et peu après le début de la fresque, d'autres membres de la communauté se joignirent au groupe de départ. Ensemble ils peignirent Honey Ant Dreaming (Rêve de la fourmi à miel). Même si le gouvernement détruisit le mur, son impact sur la communauté était profond et avait embrayé quelque chose de puissant. Le désir de peindre était là. L'imagerie spirituelle avait revêtu une forme publique, sans toutefois sombrer dans la divulgation des choses secrètes et sacrées. Presque tout le monde se mit à peindre. Au départ, les peintures étaient exécutées sur des petits cartons que remplacèrent très vite des toiles de plus en plus grandes.

L'ironie de cette histoire est que Papunya était un camp, établi en 1960 sous les auspices du gouvernement australien de l'assimilation de la culture. Sa politique consistait à renier tous les droits des Aborigènes et à en faire de bons petits blancs. On y pratiquait bien sûr l'enlèvement des enfants à leurs parents (Stolen Generations) et d'autres monstruosités propres à la politique d'assimilation. L'ironie est que, au lieu de saper et de miner la culture aborigène, ce camp de Papunya fut un réel renouveau pour l'art indigène. Ce fut même le départ d'un des mouvements artistiques les plus importants de la fin du 20ème siècle. Cette peinture murale, Honey Ant Dreaming (Rêve de la fourmi à miel) fut le déclencheur d'une énergie créatrice et culturelle formidable, qui s'est répandue à travers toutes les communautés aborigènes.

Parallèlement à l'activité artistique développée à Papunya, un programme de batik a été lancé en 1977 dans la communauté d’Utopia (Central Desert). Cette technique a permis pour la première fois à des femmes aborigènes de s'exprimer et d'être reconnues à l'extérieur de la communauté. On trouve maintenant beaucoup d'Art Center (centre artistique) de femmes. Elles font de la peinture, de la poterie, du batik, etc. Beaucoup de grands noms de l'art aborigène sont des femmes.

Art Center de Keringke, centre de femmes, communauté aborigène de Santa Teresa, à environ 80 km au sud est d'Alice Springs

Actuellement, la plupart des communautés aborigènes ont mis en place des coopératives de peintres gérées par des coordinateurs artistiques blancs qui assurent la fourniture du matériel, la vente des toiles et le paiement des artistes. L’introduction de cette peinture sur le marché international de l’art a conduit à la fois à une diversification des styles et à une concurrence accrue entre les différents centres de peintures.

Ce mouvement est extrêmement dynamique. En adoptant les outils du monde moderne, il démontre le caractère vivant de cette culture et lui donne la capacité de se perpétuer tout en se renouvelant.

Enfin, le fait qu’il n’y ait pas de signature au bas d’une peinture aborigène est un détail révélateur des liens à l’intérieur du groupe. Une histoire décrite sur toile appartient à une partie d’une tribu et non pas à un individu. La responsabilité collective du Jukurrpa est donc plus forte que la propriété artistique d’une seule personne.

L'expression artistique aborigène ne s'arrête pas à la peinture (gouache, acrylique, ocre, etc). Sculpture sur bois, peinture sur soie, batik, poterie, tissage, etc. Les Aborigènes sont aussi de célèbres et talentueux photographes, cinéastes, musiciens et écrivains.

*Jukurrpa est traduit en anglais par Dreamtime, époque du Rêve. Je préfère pour ma part ne pas traduire ce mot.

suite : Albert Namatjira